Lou MORENO

Pourquoi les anglais roulent à gauche ?

Mais pourquoi les anglais roulent à gauche ?

À l’arrivée à Douvres, dans le Kent, l’automobiliste qui vient du « continent » ne peut pas manquer, à la descente du ferry, le panneau « Drive on the left » (roulez à gauche). C’est d’ailleurs le but de sa présence : alerter le conducteur « européen » qui aurait oublié que les sujets de Sa Majesté roulent du « mauvais côté » de la route. Le « froggy » sarcastique décrétera que, décidément, les « rosbifs » sont des originaux… Mais ce qu’il ne sait pas, c’est que le sens de circulation à gauche fut pendant très longtemps la règle. Et aujourd’hui encore, un tiers des pays dans le monde roulent encore à gauche de la chaussée. Les automobilistes britanniques préfèrent rouler à gauche. Mais quelle en est la raison historique. 

Conduite droite/gauche

1. Une histoire de cheval contre deux chevaux.

Un cheval : à droite…

Un peu d’histoire : il faut remonter à l’Antiquité pour constater que déjà les hommes se croisaient sur leur droite. La raison : la plupart des êtres humains étant droitiers, nos ancêtres portaient leur épée sur la jambe gauche pour la dégainer aisément. Lorsque le cheval devint le mode de locomotion pour les nobles et les hommes d’armes, l’usage de la circulation à gauche perdura pour la même raison. Ainsi, lorsque deux chevaliers se croisaient, leurs épées ne pouvaient pas se toucher. Ce qui aurait été clairement interprété comme une provocation en duel. Il est vrai qu’à cette époque on ne badinait pas avec le savoir-vivre.

Deux chevaux, à gauche…

Cela étant, jusqu’au XVIIIe siècle, la circulation n’était pas réglementée. C’est à cette époque qu’apparut en Europe un chariot de type nouveau, bâché et à grandes roues, le Conestoga, venu des États-Unis, et plus particulièrement d’une vallée de Pennsylvanie du même nom. Le cocher ne disposant pas de siège, il était assis sur le cheval de gauche de la paire la plus proche du chariot. Il pouvait ainsi diriger l’attelage de la main droite avec son fouet. Résultat, ces chariots roulaient le plus souvent à droite, car il était plus facile de contrôler les chevaux lors d’un croisement qui s’effectuait donc à gauche, contrairement aux cavaliers. En 1792, l’État de Pennsylvanie officialisa cette conduite à droite des pistes, avec une position du meneur d’attelage à gauche. 

2. Un passage à droite pour des raisons guerrière.

De l’autre côté de l’Atlantique, l’affaire se précise en Europe un peu plus tard, avec l’inévitable Napoléon. Grand stratège, l’empereur savait que, lors des batailles, la tradition imposait que les combats commencent par le flanc gauche de la cavalerie. Il décida alors, pour jouer à plein l’effet de surprise, d’entraîner ses hommes à attaquer par la droite.

Napoléon vire à droite… 

Le résultat fut payant, notamment contre les Autrichiens. Maître de l’Europe, Napoléon imposa alors à tous la circulation à droite sur les « routes nationales ». À tous, sauf… aux Anglais invaincus. À part quelques exceptions, comme le Portugal et l’Empire austro-hongrois qui firent de la résistance, la norme sur le continent devint donc la circulation à droite. Au Royaume-Uni et dans les colonies britanniques, on continua à circuler à gauche sur la chaussée. L’arrivée de l’automobile va affirmer cette distinction entre pays sous influence britannique et donc roulant à gauche, et les autres. Pourtant, la conduite à droite va être justifiée par le fait que les premières automobiles avaient le frein à main disposé à l’extérieur de la carrosserie, à main droite. Le poste de conduite à droite permettait aussi de surveiller le bord de la route souvent en mauvais état et de ne pas tomber dans les ornières. Lorsque le frein à main se déplaça au centre de la voiture, le volant passa à gauche pour permettre au conducteur de continuer à utiliser le frein à main de la main droite. Tout en continuant à rouler sur le côté droit des routes, il pouvait cette fois mieux apprécier les véhicules venant en sens inverse, aussi dangereux avec l’augmentation du trafic que les ornières. Vous suivez 

3. L’éternel dilemme

Les Britanniques demeure à gauche

Pour autant, les Britanniques ne changèrent rien à leurs habitudes. Ils demeurèrent intraitables. Cependant, exception à la règle, il existe au Royaume-Uni, en plein coeur de Londres, une rue où l’on roule à droite. Il s’agit de Savoy Court, une rue privée qui mène au mythique Savoy Hotel. L’histoire est plaisante : depuis plus de cent ans, les véhicules, d’abord hippomobiles puis à moteur, entrent en quittant le Strand dans Savoy Court en s’engageant sur la droite. Cette singularité a même fait l’objet d’une loi spéciale au Parlement en 1902. Elle autorise cette pratique qui permet aux fiacres puis aux taxis de déposer leurs augustes clients du bon côté devant leur établissement préféré. Ils n’ont ainsi pas besoin de descendre pour leur ouvrir la porte et le passager peut descendre sans faire le tour du véhicule, les dames étant par habitude et tradition toujours assises derrière le chauffeur. Grâce à cette loi, les conducteurs ne transgressent pas le British Traffic Regulations. Élémentaire, mon cher Watson!

4. Les petites histoires

Le « Dagen H »

Dimanche 3 septembre 1967 à 5 heures du matin : la Suède passait de la conduite à gauche à la conduite à droite. Ce fut le « Dagen H », le jour H. Un H comme « Högertrafik » (circulation à droite en suédois). Le gouvernement prit cinq années à organiser ce changement dont 85 % des Suédois ne voulaient pas. Pourtant, tous les pays riverains de la Suède (Finlande, Norvège et Danemark) roulaient déjà à droite et la quasi-totalité des voitures avaient le volant à gauche. La veille du jour H, tous les panneaux et feux de signalisation pour la conduite à droite étaient en place, emballés dans du plastique noir, prêts à être dévoilés à l’heure dite. À 4 h 50, tous les véhicules eurent l’obligation de se garer sur le côté droit avant d’être autorisés à repartir à 5 heures… à droite. Le lundi 4 septembre, on dénombrait 125 accidents, aucun mortel. Les lundis précédents, on en avait compté entre 130 et 198. L’Islande suivra l’exemple suédois le 26 mai 1968.

L’exception samoane.

Les Samoa sont le dernier pays dans le monde à avoir changé de sens de circulation. Le 7 septembre 2009, à l’initiative du Premier ministre Tuilaepa Sailele Malielegaoi, les Samoans durent passer de la conduite à droite, héritage de la colonisation allemande à la conduite à gauche. La raison invoquée : permettre aux 190 000 habitants d’acheter des voitures moins chères et d’occasion en provenance du Japon, de la Nouvelle-Zélande et d’Australie et qui, comme tout le monde le sait, sont fabriquées avec le volant à droite. 

Mais alors ?

Pourquoi les Japonais conduisent-ils à gauche ?

En fait, le Japon a longtemps été un pays fermé sans échange avec l’extérieur. Cependant, avec l’ère Meiji (1868-1912) et le début de la politique de modernisation du Japon dirigée par l’empereur Meiji, le pays s’est ouvert aux influences extérieures.

Tokyo devient plus urbain et ce fut à ce moment que le Japon a appelé le Royaume-Uni pour aider à son développement industriel. L’Angleterre fournit alors une expertise technique et industrielle aux Japonais, y compris dans le domaine de l’automobile. Et comme tout le monde le sait, les Anglais roulent sur la gauche!

Donc, les Japonais ont suivi.

Témoignages et Expériences

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Lou MORENO
Author: Lou MORENO

Bonjour, je suis Lou Moreno, passionné de voyages depuis mon enfance. Mes parents m'ont initié au monde à travers de nombreux périples en 4x4 à travers l'Afrique du Sud, le Botswana, l'Allemagne, l'Angleterre, le Danemark, l'Écosse, l'Espagne, la Finlande, l'Irlande, l'Irlande du Nord, l'Islande, l'Italie, le Luxembourg, le Monténégro, la Norvège, le Pays de Galles, les Pays-Bas, le Portugal, la Slovénie, la Suède et la Suisse, parcourant ainsi la majeure partie de l'Europe. Plus tard, nous avons exploré les États-Unis, le Maroc et la Thaïlande lors de voyages touristiques enrichissants. J'ai également entrepris un grand road trip dans le sud de l'Afrique, traversant l'Afrique du Sud, le Botswana, la Namibie et le Zimbabwe. De plus, j'ai eu l'opportunité de faire un trek en Jordanie avec ma sœur, et un mémorable road trip à travers l'est de l'Europe en compagnie de mon père, passant par l'Albanie, la Croatie, l'Italie, la Macédoine, le Monténégro et la Slovénie.

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